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Pitié pour nos soldats - Les Poilus de Bolbec

Bonjour,

 

Nous sommes des bénévoles souhaitant s'associer à la municipalité de Bolbec pour la réhabilitation et la valorisation du "carré spécial des corps restitués 14-18" au cimetière monumental de Bolbec.

 

Les 90 tombes sont concernées par une mesure de reprise des concessions. La procédure engagée par la municipalité en avril 2013 se terminera en avril 2016 par un deuxième constat d'abandon.

 

Nous souhaitons avant cette échéance sensibiliser les familles et les habitants de la commune sur la valeur historique et culturelle du carré des Poilus. Il est essentiel que les familles intéressées, prennent dès maintenant contact avec le service de l'Etat-civil de la mairie de Bolbec (Hôtel de Ville - 9, square du Général Leclerc - 76210 BOLBEC - Tél : 02 32 84 51 00).

 

Créé le 8 janvier 2015, le site internet vous permettra de découvrir, suivre et rester en contact avec nous. Il permettra également à chacun d'être informé régulièrement de toute l'actualité au travers des lettres d'informations (newsletters).

 

Nous essayons de reconstituer la vie de chaque soldat. Vos photos, lettres et documents les concernant seront les bienvenus et ajoutés aux fiches correspondantes.

 

Pour nous contacter : 

 

Seul le hasard permet encore à quelques égarés de venir se recueillir dans ce mémorial initialement dédié aux valeureux soldats tombés au Champ-d’Honneur.

 

Familles, visiteurs, simples curieux. Venez à la rencontre de ces tombes aux pierres noircies dont la lente mais inexorable érosion fait son œuvre. Certaines sont brisées en deux, d'autres sont enfoncées dans la terre par le martèlement des saisons et pourtant, quelques unes, disséminées par ci ou par là, semblent intactes. Sur les stèles aux inscriptions effacées et aux photographies usées par le temps, des Christ démembrés, couchés sur le dos, paraissent questionner le ciel... Depuis des décennies, les oubliés n'ont plus de prières et le bleuet fleuri a disparu. Ils s'appelaient Henri, Gaston, Armand, Eugène, Émile, Raymond, André, Ernest, Gustave, Paul, Ursin... Leurs mères où leurs épouses s'appelaient Yvonne, Léontine, Marthe, Marguerite, Augustine, Juliette, Louise, Émilienne... Beaucoup avaient les mains et la nuque plissées du laboureur, les doigts usés de l'ouvrier ou du tisserand, les ongles cassés du menuisier ou du mécanicien, la serviabilité du domestique ou l'élégance du garçon de bureau... Ces hommes, âgés de 19 à 52 ans, moustachus en pantalon garance et cache-képi ou en tenue bleu horizon et casque Adrian, étaient fantassins, chasseurs, artilleurs, cavaliers, brancardiers, aérostiers, canonniers, zouaves... Gamins, sous-officiers aguerris et officier réserviste, ceux-là même qui mirent leur vie au service de la Patrie, reposent dans 90 sépultures où ne résident que des corps couchés sous terre que l’on ne pleure plus depuis longtemps. Telle une garde d'honneur, ils semblent pourtant veiller pacifiquement sur l'imposant mausolée qui leur est dédié.

 

Dans l'angoissant silence qui a remplacé le bruit de la mitraille et des obus, nous ne pouvons pas occulter le fait que ces concessions à l'état d'abandon, sont celles d'hommes qui ont vécu un drame hors du commun, d'une violence à peine imaginable, une épopée qui nous dépasse. Ils se sont souvent contenté d'espérer et ont affronté le destin la peur au ventre. Ce sont des héros qui ont connu les champs de bataille de Lorraine, de Verdun, de Champagne, du Chemin des Dames, de la Somme, de la Meuse, de l'Artois, de l'Argonne, des Flandres, de Serbie, du Maghreb... Dans ce voyage au bout de l'horreur, ils ont partagé leur quotidien avec le sang, la soif, la faim, les brimades, la souffrance, les maladies, l'agonie, l'odeur des cadavres pourrissants, l'éclatement des obus, la boue fétide, la vermine, les charges de baïonnette, le doute, la peur, la peine... et l'espoir. Ils ont, pour la plupart, appris à vivre dans la terre avant de mourir sous un orage d'acier.

 

Trois frères dans cette sépulture, deux frères dans l'autre... Qui, s'arrêtant devant ces pierres trop souvent affreuses, se sent encore troublé par ces atroces répétitions ? Qu’il semble loin ce 11 novembre 1918 - 1 561e jour de guerre - où le clairon dans les tranchées et la sonnerie des cloches des églises, la joie de la victoire et son cortège de manifestations, ne pouvaient faire oublier le deuil des familles. Combien de veuves ? Combien d'orphelins ? Combien de familles décimées ? Combien de mères effondrées ? Comment se représenter ce que signifie une seule vie perdue ? Comment rendre compte de la singularité de chaque individu, de ses émotions, de ses souvenirs, de ses sentiments ? 90 sépultures de soldats de la Grande Guerre. C'est un peu plus de 90 tempéraments différents. C'est un peu plus de 90 destins faits de souvenirs uniques dont tous auraient pu être le sujet d'un roman qui ne sera jamais écrit.

 

Comment prendre conscience que chacune de ces vies détruites était à elle seule, un monde à part entière. Louis, footballeur passionné, avait gagné le championnat de Normandie en 1905, Jérôme quant à lui, collectionnait les cartes postales du monde entier… André parlait la langue d'Oc, Jules était Ch'timi, Jean-Marie et François parlaient l'Ar Brezhoneg... Cent années se sont écoulées. Comprendre l'immensité de la souffrance de ces Hommes et de leurs familles ? Comment imaginer ces femmes venir fleurir et se recueillir sur la tombe de l'être cher, le papa inconnu et absent pour toujours, le mari aimé, le fils chéri, mort en héros dont la photographie et les décorations trônent alors fièrement sur la cheminée, le buffet ou la table de nuit? Pour chacun de nous, c'est compliqué.

 

L'année 2014 a marqué le début des commémorations du centenaire de cette guerre gourmande de combattants. A l'heure où l'on ne cesse d'évoquer la mémoire et le devoir de mémoire, il n'est pas inutile de rappeler que nous avons une dette envers ceux qui furent nos pères, nos grands-pères, nos arrière-grands-pères. Il faut essayer de se souvenir. Pour beaucoup, le souvenir ne vient pas tout de suite ; il faut lui laisser le temps de prendre forme... C'est pourtant un héritage dont nous sommes les dépositaires de passage !

 

Dans Les Croix de bois (Albin-Michel, 1919), l'écrivain Roland Dorgelès (1885-1973), lui-même survivant du conflit, écrivait ces phrases prémonitoires : « On oubliera. Les voiles de deuil, comme les feuilles mortes, tomberont. L'image du soldat disparu s'effacera lentement dans le cœur consolé de ceux qu'ils aimaient tant. Et tous les morts mourront pour la deuxième fois ». Comme le prévoyait celui qui fût le président de l'Académie Goncourt : « Non, votre martyre n'est pas fini, mes camarades, et le fer vous blessera encore ; quand la bêche du paysan fouillera votre tombe (…). Mes morts, mes pauvres morts, c'est maintenant que vous allez souffrir, sans croix pour vous garder, sans cœurs où vous blottir. Je crois vous voir rôder, avec des gestes qui tâtonnent, et chercher dans la nuit éternelle tous ces vivants ingrats qui déjà vous oublient ».

« Pitié pour nos soldats qui sont morts ! » écrivait l'académicien Maurice Genevoix (1890-1980) dans La Boue (Flammarion, 1921).

 

Puissent donc à ces combattants, dormeurs insensibles que l'épouvante ne tourmente plus, continuer à reposer tranquillement dans la nécropole et rester ainsi, les symboles de l'Histoire et la fierté des bolbécais !

 

Guillaume GUEROULT